Enquête IFOP inédite: 2/3 des français sont inquiets de l’essor de l’IA!

L’Observatoire B2V des Mémoires livre les résultats d’une enquête IFOP inédite : 65% DES FRANÇAIS SE DISENT INQUIETS DU DEVELOPPEMENT DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE

Fidèle à sa vocation de laboratoire sociétal ayant pour mission d’enrichir la connaissance de la mémoire sous toutes ses formes, l’Observatoire B2V des Mémoires aborde un certain nombre d’idées reçues sur ce thème en réalisant auprès des Français une série d’enquêtes en partenariat avec l’institut de sondages IFOP. La 3ème étude réalisée dans ce cadre aborde le thème de l’Intelligence artificielle et l’essor des masses de données : entre inquiétude et bénéfices concrets pour les français interrogés, les experts du conseil scientifique, les professeurs Jean-Gabriel Ganascia et Francis Eustache avec le philosophe Bernard Stiegler, livrent leur regard sur les résultats obtenus.

VOICI CE QUE PENSENT LES FRANÇAIS DE L’ESSOR DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE ET DES MASSES DE DONNEES :

Pour chacune des différentes opinions relatives au Big Data (c’est-à-dire au traitement de masse considérable de données), veuillez préciser si vous êtes plutôt d’accord ou plutôt pas d’accord :

sondage ifop B2V

Les résultats de l’étude complète sont téléchargeables ICI

L’étude a été menée auprès d’un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus. La représentativité de l’échantillon a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, profession de la personne interrogée) après stratification par région et catégorie d’agglomération.

Les interviews ont été réalisées par questionnaire auto-administré en ligne (CAWI – Computer Assisted WebInterviewing) du vendredi 6 au mardi 10 novembre 2015.

ANALYSES ET COMMENTAIRES DES EXPERTS DE L’OBSERVATOIRE B2V DES MEMOIRES

Professeur Jean-Gabriel Ganascia

Commentaires du Professeur Jean-Gabriel Ganascia, Professeur à l’Université Pierre et Marie Curie (Paris VI), Directeur de l’équipe ACASA du laboratoire d’informatique de Paris VI (LIP6), Membre du directoire du LABEX OBVIL

« Les résultats de l’enquête nous enseignent d’abord que plus de 2/3 de la population (69%) pense que l’intelligence artificielle et les masses de données (Big Data) seront amenées à prendre un grand essor à l’avenir. Presque la même proportion (68%) croit que les pouvoirs publics et les entreprises les utiliseront, pour le meilleur (prévention), mais surtout pour le pire (surveillance, profilage) et qu’elles contribueront à la santé et au bien-être des individus (67%). Dans le même temps, de façon surprenante, une proportion équivalente, presque 2/3 de la même population, à savoir 65%, s’inquiète des progrès de l’intelligence artificielle et du déploiement de machines autonomes, chiffre étonnamment élevé au regard de la réalité des risques.

L’analyse plus fine qu’autorise l’enquête montre que les réponses dépendent fortement du sexe, du niveau d’éducation, de l’âge et de la région. Ainsi, 73% des hommes, 78% des cadres et professions libérales et 83% des bac + 2 pensent que l’intelligence artificielle et les masses de données prendront un grand essor à l’avenir, contre seulement, 65% des femmes, 57% des artisans et commerçants et 63% des niveaux d’études inférieurs au baccalauréat. Symétriquement, 67% des femmes s’inquiètent des progrès de l’intelligence artificielle contre 63% des hommes. Et, curieusement, 69% des 25 à 34 ans s’inquiètent, presque autant que les 65 ans et plus (70%), là où seulement 64% des 35 à 65 ans et 50% des 18 à 24 ans manifestent leur inquiétude. 70% des personnes de la région et de l’agglomération parisienne s’inquiètent, là où seulement 62% des habitants du nord-ouest et 58% du sud-ouest s’inquiètent. Et, enfin, 72% des bac +2 s’inquiètent là où seulement 61% des personnes qui ont un niveau d’études inférieur au baccalauréat s’inquiètent. Il existe donc des effets de génération dans les craintes qui ne tiennent pas simplement à la jeunesse, à l’âge et au niveau d’éducation.Une autre information marquante porte sur la perception des risques et des bienfaits : 85% des professions libérales et des cadres supérieurs et 82% des diplômes supérieurs pensent que l’intelligence artificielle et les masses de données serviront au profilage et à la surveillance, tandis que 64% des artisans et commerçants, 61% des niveaux d’études inférieurs au baccalauréat et 62% des retraités s’en avisent. Symétriquement, la répartition géographique des personnes qui pensent que l’intelligence artificielle et les masses de données auront, à court terme, un effet positif sur la santé et le bien-être individuel, diffère grandement : 73% pour la région parisienne et 66% pour la province, avec 62% pour le sud-est…Il apparaît clairement que l’utilisation des masses de données et de l’intelligence artificielle suscite des craintes même auprès des couches de la population les plus averties. »

Philosophe Bernard Stiegler

Commentaires du Philosophe Bernard Stiegler , Philosophe, Directeur de l’Institut de Recherche et d’Innovation (IRI) au sein du centre Georges Pompidou, institut créé à son initiative en 2006, Professeur à l’université de Londres (Goldsmiths college), professeur associé à l’UTC, visiting professor de l’université de Cambridge et de l’école polytechnique de Zurich.« L’enseignement de ce sondage est clair : la population dans son ensemble d’une part est consciente de l’importance des enjeux liés à la nouvelle intelligence artificielle qui émerge de la réticulation généralisée des terriens via les smartphones, de ses promesses potentielles, mais aussi et surtout de ses dangers.

C’est assez rassurant : quand on sait que des personnalités aussi bien informées que Stephen Hawking ou William Gates ont elles-mêmes manifesté leur très grande préoccupation avec des dizaines de scientifiques de grand renom face à ce qui se met en place, il est heureux de constater que les personnes interrogées reflètent une conscience de la dimension pharmacologique du numérique (cf. La société automatique 1. L’avenir du travail, Fayard), c’est à dire le fait qu’il constitue autant un remède qu’un poison – et que dans l’immédiat, le coût toxique semble s’imposer plutôt que les dimensions curatives.C’est un enseignement majeur pour les chercheurs, tout autant que pour les responsables économiques, politiques et institutionnels. Et cela conforte la position que défendra l’Institut de recherche et d’innovation au Centre Pompidou les 14 et 15 décembre prochains durant les Entretiens du nouveau monde industriel : il est indispensable que l’Europe engage une vaste politique scientifique, industrielle, culturelle et éducative pour que le pharmakon numérique soit mis au service du bien commun plutôt que de la prédation sauvage qui ne peut qu’exciter rancœurs et radicalisations en tous genres. »

Professeur Francis Eustache

Commentaire du Professeur Francis Eustache, Président du Conseil scientifique de l’Observatoire B2V des Mémoires, Neuropsychologue, Directeur d’Etudes à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE), Directeur de l’Unité de recherche U1077 de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm) à l’Université de Caen/ Normandie, Directeur Général du GIP Cyceron.« L’étude réalisée par l’ifop sur un échantillon de 1004 personnes, représentatif de la population française âgée de 18 ans et plus, pose plusieurs questions concernant ce qu’il est admis d’appeler aujourd’hui les « Big Data », c’est-à-dire des ensembles massifs de données.

Deux points méritent d’être soulignés dans les résultats obtenus à ce sondage. Premièrement, il existe un bon accord dans les résultats aux différentes questions posées (65 à 69 %). Ainsi, deux tiers des participants considèrent que l’intelligence artificielle est amenée à prendre un essor considérable avec le Big Data, et que celui-ci fera l’objet d’une utilisation très importante par les pouvoirs publics et les entreprises. Pour les personnes sondées, le Big Data présente des avantages ; il est considéré comme un facteur de progrès, notamment pour la recherche scientifique, la prévention et le traitement des maladies. En même temps, l’intelligence artificielle inquiète, en particulier avec l’autonomie croissante des machines. Ces résultats ne montrent pas de grandes disparités entre les différentes catégories de personnes qui ont participé à l’étude. Toutefois, le deuxième point que je voudrais souligner concerne cette dernière question qui concerne l’inquiétude face au développement de l’intelligence artificielle. Celle-ci concerne toutes les catégories de la population et est même la plus marquée chez les personnes de niveau d’éducation supérieur, les trentenaires et les urbains. L’information et la réflexion sur ces sujets majeurs de société doivent rester des thématiques privilégiées de l’Observatoire B2V des mémoires.Avec le vieillissement de la population, de nombreuses personnes éprouvent des difficultés à mémoriser. D’ici quelques années des prothèses technologiques spécifiques permettant de porter assistance à une mémoire défaillante verront peut-être le jour. L’intelligence artificielle n’est plus une question de science fiction, son apport aujourd’hui est bien réel. Internet et l’accès permanent aux informations sollicitent notre mémoire à plus d’un titre. L’une des vocations de l’Observatoire B2V des Mémoires est d’aider le grand public à comprendre la mémoire sous toutes ses formes, et notamment à mieux appréhender les difficultés que l’on rencontre face à l’extraordinaire développement des supports externes de mémoire. Imaginons par exemple que l’on pourrait stocker l’ensemble des 13 millions d’ouvrages imprimés à la Bibliothèque Nationale de France, sur un petit carré de 12 centimètres de coté, autant dire un mouchoir de poche !

Mais que faire de cette masse de données stockées ? Pourrons-nous un jour connecter notre mémoire individuelle à un support de stockage externe ? ».

Téléchargez la lettre d’information spéciale MEMOIRE DIGITALE : ICI

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